GP DE CATALOGNE
Tom victime d'une vendetta?
Image © Stan Perec
Si Thomas Lüthi a connu bien des problèmes en piste hier, ça ne l'a pas empêché, en bon citoyen modèle qu'il est, de mettre la moto de côté un instant pour assister au match de foot entre la Suisse et la République tchèque
Lüthi 12e des qualifications. Lui et les siens n'ont pas trouvé «la» solution. Les pilotes Aprilia - et leurs cousins qui disposent de Gilera - ont totalement dominé les essais. Ils sont tous devant (six aux six premières places). Mais Lüthi est loin derrière. Enquête
Jean-Claude Schertenleib - le 07 juin 2008, 21h06
Le Matin Dimanche
Mon premier? Une Aprilia. Mon deuxième? Idem. Mon troisième? Itou. Mon quatrième? Une Gilera, mais c'est la même chose; seul le nom de baptême change, pas la salle d'accouchement. Et... douzième? Thomas Lüthi, ancien champion du monde, pilote officiel de la marque italienne, à 1,5 seconde de la pole position. Tom qui dit, en essayant de conserver un mince sourire: «On est au même point que la veille. Les mêmes problèmes de traction. Les mêmes drôles de réactions.» Le même aveu d'échec.
1,8 million pour quoi? Le statut de pilote «officiel» a un coût: 1,8 million de francs pour une saison. Cette somme garantit-elle un traitement égal à tous? «Absolument. Après chaque séance d'essais, nous partageons toutes les informations, nous pouvons savoir en permanence comment se comportent la moto de Bautistá ou celle de Simoncelli - pour prendre deux exemples -, à chaque endroit du circuit», répond, énervé, Daniel-M. Epp, le patron du team de Tom. Celui qui paie. Vrai? «Personnellement, je ne vois pas ces données. Ce sont les gens de l'usine qui en disposent et qui communiquent avec mon chef technicien, Mauro Noccioli», relativise Tom.
Un passé, quel avenir? Parlons-en de Mauro Noccioli. Il est un des techniciens historiques de la marque italienne, puisque c'est lui qui a notamment mené au titre mondial Valentino Rossi (en 125) et Loris Capirossi (en 250). «Un très bon technicien, un vrai Italien, avec un caractère fort. Un homme têtu» nous confie sous le sceau de l'anonymat l'un des meilleurs connaisseurs des activités sportives du groupe italien Piaggio (Aprilia, Gilera, Derbi). Mais...» Mais? «Je me demande si, ces dernières années, il est toujours autant considéré par les nouveaux dirigeants de l'entreprise. S'il n'y a pas un peu de jalousie derrière tout cela.»
Mauro, l'homme au passé brillant, a-t-il encore un avenir? Corollaire: les techniciens qui ont entre les mains les données de tous les pilotes officiels de la marque lui disent-ils vraiment tout? Vendetta? Vengeance, en français dans le texte?
«Tom est blessé»
Harcelé, Daniel-M. Epp, le patron de Thomas Lüthi, a fini hier soir par dévoiler un secret qui était très bien gardé. Et qui explique, selon lui, les difficultés actuelles de son pilote: «Son épaule droite (fracture de la clavicule le 30 janvier lors de tests à Valencia) n'a pas été correctement recollée. Je prie chaque jour pour qu'une nouvelle opération ne devienne pas nécessaire avant la fin de la saison. En plus, Tom souffre toujours des muscles de ses avant-bras, malgré l'intervention (syndrome des loges) effectuée l'an dernier. Vous avez compris? Tom est blessé!» Mais il serre les dents...