L'INTERVIEW
Thomas Lüthi: «Je suis seul à la maison, célibataire»

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Pour sa troisième saison en 250 cm3, Thomas Lüthi sait qu'il n'a pas droit à l'erreur. L'ancien champion du monde se prépare comme jamais
Jean-Claude Schertenleib - le 25 mars 2009
Le Matin
Première chose, je suis seul à la maison. Célibataire...
Pardon, Tom, mais c'est à nous de poser les questions.
Oui, mais comme celle-ci allait venir...
OK. Alors, la vie en solitaire, près de Thoune, ça se passe comment?
Très bien. Je me débrouille.
La cuisine?
Bien sûr! Je n'ai pas encore de recette déposée, mais je suis pas mal dans la cuisson des pâtes, dans la préparation des viandes et je me fais de supersalades.
La lessive?
Je fais aussi... sauf quand je n'ai que peu de temps entre deux voyages à l'étranger. Dans ces moments-là, j'avoue que maman m'aide encore pour le repassage.
Oublions les tâches ménagères. Thomas, vous travaillez depuis l'automne dernier avec un nouveau préparateur physique, Ottmar Keller. Qui a comparé votre corps avec un immense chantier. C'était grave à ce point?
C'était beaucoup plus grave que ce que je pensais.
Parce que vous aviez sous-estimé l'importance de la préparation physique ces dernières années?
Non, j'ai toujours suivi un entraînement sérieux. Je suis persuadé que je faisais juste sur ce point-là aussi. Mais, l'année dernière, j'ai souffert des blessures les plus graves de ma carrière. Et les dégâts collatéraux ont été importants.
Vous parlez de quel accident?
Celui des essais, à Indianapolis (EU), avec de sérieuses complications au niveau de ma main gauche. Je suis revenu en fin de saison - dès le GP de Malaisie -, mais je n'étais pas vraiment en état de me battre normalement.
C'était donc une erreur de précipiter votre retour?
Je ne crois pas. Mais ma tâche n'a pas été facile à ce moment-là. Et je ne l'ai pas dit.
Puis, dès le lendemain du dernier GP de la saison 2008, vous vous êtes totalement concentré sur 2009?
Oui, selon un plan de travail très précis. Premièrement, il fallait que je guérisse. Donc, j'ai suivi intensivement des soins de physiothérapie. Puis il a ensuite fallu que je puisse m'entraîner sans la moindre retenue. Ce que j'ai réussi à faire dès le mois de décembre. Là, depuis mi-février, j'estime être dans une forme optimale.
Tom complètement cassé après un accident, mais ce n'était pas le premier pépin de votre carrière?
Je le sais. Mais, jusqu'à présent, j'avais surtout connu des soucis qui sont très habituels dans notre métier, comme des fractures des clavicules. Là, c'était plus sérieux. Beaucoup plus sérieux.
On a vraiment l'impression que vous avez tout à coup compris l'importance de la préparation physique?
Faux. Même après mon titre mondial, j'ai beaucoup travaillé sur ce plan-là.
Même si vous étiez devenu un personnage de la jet-set, que l'on voyait partout?
Mais justement! J'ai travaillé énormément entre 2005 et 2006.
Pour compenser les excès de votre vie de star?
Non, pour déjà préparer mon corps pour la classe 250, qui était alors un but à moyen terme.
Vous commencez votre troisième saison en 250, c'est vraiment plus dur que la 125?
Je me suis habitué, depuis le temps. Mais quand j'ai fait le saut, j'avais été étonné du surplus d'exigences physiques entre le pilotage d'une 125 et d'une 250, en raison de la différence très importante de la puissance.
Et aujourd'hui?
Sur ce plan-là, je dois déjà penser au futur...
Physiquement, vous avez changé?
Un immense travail a été effectué sur le haut de mon corps, l'ensemble nuque-épaules a été particulièrement renforcé.
Toujours en vue du futur à moyen terme, la classe MotoGP?
D'abord parce que c'était nécessaire.
Mais avant d'affronter Rossi et consorts, il y a cette saison 2009, et c'est celle du quitte ou double en 250. Or, jusqu'à présent, vous n'avez pas vraiment brillé lors des essais.
Au Portugal, j'étais à une seconde des meilleurs temps, ce qui est énorme. Mais je suis resté très calme face à ce verdict, puisque j'ai profité de ces trois jours pour essayer mille choses différentes. Je savais que la première course n'était pas programmée pour le lendemain. Que j'avais le temps.
Et aujourd'hui (hier)?
Cela ne s'est pas trop mal passé pendant une bonne partie de la journée, avant que je connaisse des soucis de moteur sur la fin. Mais je reste zen... Calme, zen, c'est bien beau. Mais, en attendant, les autres favoris - Simoncelli, Bautistá, Barberá - vous dominent... Je sais, mais il y a plus important...
Quoi?
Le feeling que je ressens sur ma moto, savoir qu'une bonne base existe, sur laquelle nous pourrons travailler pendant la saison. C'est ça, le but de ces essais.
On a connu le Tom qui avait besoin d'un préparateur psychique, puis d'un coach pour son pilotage. Cette année, on n'a parlé que de préparation physique. Il manque encore quelque chose pour que l'édifice soit complet?
Non. Enfin oui, retrouver le chemin du succès!