"C'est surtout un problème générationnel, je crois. C'est vrai qu'à l'époque, Mick Doohan se plaignait de temps en temps que certaines données soient transmises aux autres équipes. Mais au final, la différence, il la faisait sur la piste. J'aurais été étonné de voir Mick demander "un mur" entre lui et les autres pilotes Honda, car il considérait que la piste était le terrain sur lequel on s'exprimait.
De toute façon, Alex Crivillé et lui n'avaient pas du tout la même façon de piloter et ils avaient des machines très différentes : on a commencé à développer l'électronique avec Alex en 1995, afin de l'aider, mais Mick n'en voulait pas. Il disait que si un pilote n'était pas capable de gérer sa machine avec sa poignée de gaz, il ferait mieux de rester à la maison !
C'est vrai qu'aujourd'hui, les niveaux de performances des machines sont tellement proches que je compends qu'un Rossi ou qu'un Pedrosa, qui ont un excellent sens analytique et technique, veuillent garder le fruit de leur travail. Peut-être faudrait-il "geler" l'échange des informations durant le week-end de course, afin que les meilleurs puissent profiter du petit plus qu'ils ont trouvé, puis laisser les ingénieurs la semaine suivante analyser les infos afin de faire progresser la machine par la suite. Ca doit aller dans les deux sens, car les meilleurs pilotes ne travaillent pas que pour eux, mais également pour un constructeur qui se doit aussi de vendre des machines performantes aux équipes privées. La question - et les réponses - sont loin d'être simples. Il faut prendre du recul et comprendre les intérêts de tout le monde."
Sport-Bikes numéro 57 (Mars-Avril 2009) page 20, interview de Gilles Biggot, chef mécanicien d'Alex Crivillé à l'ère de Mick Doohan : "Ce sont deux époques différentes."