MOTOCYCLISME
Une saison, six questions
07. novembre 2011, 22h12
Jean-Claude Schertenleib | Le Matin
Le championnat du monde 2011 s’est terminé dans une ambiance pesante. Rossi peut-il revenir aux avant-postes? Lüthi sera-t-il de nouveau un jour champion du monde? Le sport moto peut-il survivre à la crise? Analyse.

La saison prochaine, Valentino Rossi devrait pouvoir se mêler à la lutte pour les victoires. © AFP/Javier Soriano
1. Est-ce la fin de Valentino Rossi?
NON Pour la première fois depuis son arrivée en championnat du monde (1996), Valentino Rossi termine une saison sans avoir remporté la moindre course. Un seul podium, des chutes à répétition (12, alors que sa moyenne ne dépassait pas 5 jusque-là), l’icône du sport motocycliste moderne n’a pas réussi à dompter la Ducati Desmosedici 800, une implacable dévoreuse de pilotes. Rossi, riche à millions, va-t-il s’en remettre? Si les ingénieurs de chez Ducati, qui s’appuient sur des certitudes théoriques avérées, ne ravalent pas leur fierté, la réponse est non. Mais voilà qu’hier matin, le chef technique de la marque, Filippo Preziosi, a créé la sensation en annonçant que les tests prévus aujourd’hui permettront d’entamer un travail de remise en questions. Oublié le moteur autoportant – un élément du châssis –, Rossi disposera en fait d’un châssis qui ressemble à celui des motos japonaises. De quoi lui rendre son envie.
2. Lüthi, un second couteau?
NON Dominateur et vainqueur un jour, crispé et hésitant l’autre, Thomas Lüthi est-il à jamais condamné à des saisons irrégulières? Son besoin de devoir s’appuyer sur une moto qu’il juge parfaite pour aller tutoyer la limite est-il un handicap trop lourd? Certainement, par rapport à un surdoué à la Marc Marquez. Reste que les expériences accumulées cette année avec la Suter – un très bon début de saison, avant une période plus difficile – peuvent se transformer en or en 2012.
3. Aegerter peut-il gagner?
OUI Si son capital de talent pur est certainement moins bien fourni que celui de son voisin bernois Thomas Lüthi, Dominique Aegerter, le héros du dernier GP de la saison, est désormais à l’aise dans toutes les conditions. Peut-être moins pointilleux que Tom, il a pour lui ce petit plus de folie qui va bien avec sa jeunesse (quatre ans de différence entre les deux hommes). Sa marge de progression est donc importante.
4. MotoGP: mue obligatoire?
OUI Le financement principal des teams provenant des marques, l’heure est à l’austérité, car le marché est en crise. Corollaire: le plateau est toujours plus maigre quantitativement et l’arrivée des motos de type CRT dès l’an prochain – machines artisanales, dans lesquelles on installe un moteur dérivé de la série – ne changera rien à la situation, puisque le niveau de performances de ces motos sera sensiblement moins élevé que celui des vrais prototypes. Il faut donc – et plus à moyen terme, mais dès 2013! – se passer des machines d’usine et développer le concept CRT, en se basant sur ce qui fait le succès actuel de la classe Moto2.
5. La course est-elle trop dangereuse?
NON Il est toujours insupportable de perdre un ami et le monde de la course mettra du temps à se remettre de l’accident mortel de Marco Simoncelli. Parce que l’homme était attachant, bien sûr, mais aussi, surtout, parce que tout le monde est conscient que les conséquences définitives de la chute du pilote italien ne s’expliquent pas par un degré de dangerosité qui serait devenu trop élevé, que ce soit au niveau des motos, de l’équipement ou du circuit. Ce fut un accident comme les autres, avec d’autres conséquences; et c’est pour cela qu’il fait tant mal.
6. Les GP doivent-ils plus s’exporter?
OUI Quatre GP en Espagne, c’est trop. Ce week-end, on a enregistré une baisse de près de 30% du nombre de spectateurs par rapport à ces dernières années. L’Amérique du Sud – Argentine et Brésil – a des projets pour 2013 et samedi, dans le paddock de Valence, M. Anand Mahindra, directeur exécutif de la marque éponyme – le deuxième plus grand constructeur de motos du monde, après Honda – a rappelé que l’Inde entendait s’installer à long terme dans le milieu. Et un circuit – superbe, on l’a vu en F1 – existe.