Tom Lüthi, encore et toujours frustré
Motocyclisme
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Pour la septième fois de sa carrière, Thomas Lüthi est privé de victoire pour moins de 2 dixièmes. Est-il pénalisé par son gabarit? Manque-t-il d’agressivité? Enquête.
Par Jean-Claude Schertenleib. Mis à jour à 10h29 3 Commentaires

La victoire a encore échapé d'un souffle à Thomas Lüthi.
Image: Keystone
Un peu moins de 27 cm d’écart au terme d’une course parfaite de 108 km. 61 millièmes de seconde de différence, sur plus de 41 minutes passées à jouer avec les limites. 2480 secondes d’une leçon de choses, offertes par les quatre meilleurs pilotes de la classe
Moto2 et parachevée par deux d’entre eux dans un final à couper le souffle, à faire du mal à ses nerfs.
Dans un final à prier, à espérer. A crier. De joie? Pas immédiatement, car c’est d’abord la déception qui prévaut: «Oui je suis frustré, parce que j’étais mieux que lui en entrée de virage, mieux que lui au freinage. Mais sa moto était tout simplement plus rapide, je n’ai rien pu faire.»
L’homme qui parle, c’est
Thomas Lüthi. Celui dont il parle, c’est bien sûr Marc Marquez, vainqueur de justesse. Les deux hommes ont livré une partition parfaite, aussi bien technique que tactique. Mais un seul a gagné. Toujours le même. Pourquoi?
1 LE POIDS, CET ENNEMI
Lüthi pèse 5 kilos et mesure 4 cm de plus que Marquez. A motos égales, cela peut faire la différence: «Je ne suis pas persuadé que cela influence autant que cela les choses, parce que, ces derniers mois, Marc a poursuivi sa croissance», se persuade Lüthi.
Un discours que contredit Eskil Suter, le patron de la société suisse d’ingénierie qui équipe les deux pilotes: «Les deux motos sont exactement les mêmes. Aujourd’hui, Marquez était plus efficace en accélération, Lüthi meilleur au freinage. Pour moi, la différence minime entre les deux ne s’explique que par l’écart de poids, ou par les différences de réglages que les deux équipes ont adoptées. Réglages qui correspondent à deux styles de pilotage qui ne sont pas tout à fait identiques.»
2 PAS D’ERREUR TACTIQUE
Autre explication possible: Lüthi a rendu la tâche de Marquez trop facile en menant dix-sept tours sur vingt. «En début de course, personne ne voulait être devant. Avec le plein d’essence, la moto n’était pas très facile à maîtriser. Après quelques tours, j’ai augmenté le rythme. Derrière moi, Marquez, Espargaró et Iannone ont suivi, pas les autres. Je savais bien que quelqu’un allait finir par attaquer, et j’imaginais que ce serait Marquez. Je n’ai donc pas été surpris quand il a passé. Il a essayé de me lâcher, sans réussir. Mon dernier tour était parfait, j’étais idéalement placé pour le surprendre sur la ligne, mais même en bénéficiant de son aspiration, je ne suis pas parvenu à mes fins. J’estime ne pas avoir commis d’erreur.»
3 LE PADDOCK GRONDE
Conscient qu’il a magnifiquement fait son boulot, le Suisse refuse d’entrer dans la polémique qui enfle dans le paddock. A Indianapolis, il y a une semaine, certains affirmaient déjà que l’équipe de Marquez aurait trouvé des solutions électroniques pour non seulement dépasser la limite du régime maximal prévu dans la catégorie, mais disposerait encore d’un système d’antipatinage, comme on le trouve en MotoGP: «Il suffit de poser les éléments de l’équation: Marquez = HRC = Honda = Repsol. Le reste va de soi», s’est ainsi offusqué hier, au micro de la télévision italienne, le bouillant Carlo Pernat, par ailleurs manager de Iannone.
Tricherie? «Une équipe professionnelle comme celle qui entoure Marquez ne peut pas se permettre de perdre toute sa crédibilité, répond Eskil Suter. Je ne crois pas à la puce électronique miracle. Mais ce dont je suis persuadé, c’est que le team technique de Marc est d’une efficacité absolue pour trouver les réglages parfaits.» Qu’en langage politiquement correct tout cela est dit.