Honda et son V4 à 90° en Moto GP : Une nouvelle humiliation pour Ducati ?
Alors que Ducati se débat dans le développement insoluble d'une moto capable de s'imposer en Moto GP, Honda, avec la même architecture en V4 à 90°, est loin de rencontrer les mêmes difficultés... Dés lors, comment expliquer de telles différences à ce niveau de compétition ? Eléments de réflexion.
C'est l'histoire d'une photo tirée au profit des confrères de Solo Moto qui a ébranlé bien des certitudes. Un cliché qui montre que la redoutable RC213V conçue par Honda roule avec un moteur en V ouvert à 90°. Soit la donne avec laquelle Ducati se débat, sur une Desmosedici au sous-virage chronique et à la répartition des masses problématique. L'ouverture en V à 90° des deux bancs de cylindres était jusqu'alors stigmatisée comme la source de tous les maux des hommes de Borgo Panigale...
Or, voilà qu'à présent, force est de constater que la même solution fait le bonheur des troupes de Tokyo. Plus qu'une claque, cette comparaison est plutôt synonyme d'assommoir pour des Italiens qui ne sont plus évalués à l'aune d'un mauvais choix technique, ce qui peut arriver, mais au fait de leurs compétences générales, ce qui est bien plus ennuyeux....
V4 à 90° : cauchemar pour les uns, bonheur pour les autres ?
Ainsi donc, on peut dominer la catégorie MotoGP avec un V4 de 1 000 cm3 ouvert à 90°. Shuheï Nakamoto, s'empresse, d'ailleurs, de le confirmer : "Par rapport au moteur ouvert à 75°, celui-ci ne requiert pas d'arbre d'équilibrage. Grâce à ça, on peut obtenir plus de puissance et moins de vibrations, si bien qu'il est une réelle plus-value pour la plate forme de la RC213V." La solution est donc en vigueur depuis 2012, et on comprend mieux à présent pourquoi Casey Stoner affichait un large sourire lorsqu'il lui était demandé si les problèmes rencontrés par Ducati ne venaient pas de la conception de son moteur.
Dés lors, la question coule évidemment de source : pourquoi ce qui marche si bien chez Honda est un casse-tête chez Ducati ? L'expert David Emmett avance une théorie. Celle de la réflexion globale au moment de dessiner une moto. Il remarque que tant chez Honda que chez Yamaha (ce dernier qui utilise un quatre cylindres en ligne), aussi bien la boite de vitesses que tous les éléments périphériques sont bien plus compacts que ce que l'on trouve chez des Italiens. Ainsi, la démarche de Ducati semble à l'opposé : faire d'abord un moteur, le plus puissant possible, autour duquel il convient de s'adapter. Avec l'écueil de conserver, ensuite, une marge de manoeuvre réduite pour dessiner le cadre et le bras oscillant. Le tout promettant, en plus, un poids sur la balance supérieur à la concurrence.
Moteur et cadre, une relation complexe
Pour autant, la liaison entre le cadre et le moteur arrivait à se faire oublier du temps où le manufacturier unique n'était pas en vigueur. Avec des pneus dédiés et une hargne de tous les instants, Loris Capirossi a réussi à gommer ou au moins tempérer les difficiles relations moteur / cadre de sa Desmosedici. Puis avec l'uniformisation est arrivé le phénomène Casey Stoner dont le talent a fait perdurer l'illusion d'une cohabitation sans nuage.
Les palliatifs et les opportunités évanouis, la dure réalité s'impose à Ducati de façon inquiétante puisqu'elle induit une profonde remise en cause de l'idée même de la conception d'une moto chez les ingénieurs du département compétition. En d'autres termes, il n'y aura point de salut sauf à commencer un tout nouveau projet. On peut donc s'attendre à voir, en 2013, Hayden et Dovizioso souffrir à nouveau, en espérant que le spectacle ne lasse pas trop Audi. La réalité de la RC213V est un camouflet pour Ducati qui est appelé à revoir sa copie. Répartition des masses, cadre à la fois rigide et souple, gestion de la puissance moteur, voilà la complexe alchymie que le premier constructeur mondial a réussi à synthétiser. Un défi toujours à relever de l'autre côté des Alpes
Source :
http://www.moto-station.com/article1...l#.US8nUDCQXQ8