MOTOCYCLISME
Marco Simoncelli: un absent si présent
03. novembre 2011, 23h25
Jean-Claude Schertenleib | Le Matin
Comment oublier la douleur? Comment accepter l'absence, si profonde, de Marco Simoncelli? Rossi, Capirossi, Stoner et les autres au-devant d'un week-end très particulier.

Le stand du 58 disparu, Marco Simoncelli, hier à Valence. Un hommage. © DR
Dans le stand numéro 8 du circuit Ricardo Tormo de Cheste, près de Valence (Esp), une Honda RC212V est orpheline de son pilote. Le numéro 58 est collé sur la bulle en rondeurs du carénage. Le casque de Marco Simoncelli est posé sur le réservoir, visière fermée pour toujours. Au fond de ce lieu de recueillement, une grande photo de ce jeune homme de 24 ans, arraché à la vie il y a douze jours maintenant, au deuxième tour du GP de Malaisie MotoGP. Sous l'image, cette phrase, écrite par les siens, voulue par les siens: «Ciao Marco, ce fut un honneur et un privilège de travailler avec toi.» Dernier adieu des mécanos, des complices de toujours. Ultime merci à cet homme qui rayonnait, qui personnalisait la joie de vivre. Et qui est mort.
Le 58 en piste
Ce matin, à 10 h 10, lorsque les nuages sombres qui surplombent le circuit de Cheste se seront peut-être éloignés quelques instants pour qu'une belle lumière de début d'hiver vienne briller sur ce stade érigé en l'honneur des sports motorisés, un numéro 58 prendra la piste. Pour le dernier GP d'une carrière commencée il y a 22 ans, Loris Capirossi fera une infidélité à son numéro 65, sa marque de fabrique, son signe distinctif: «Je veux tant que Marco soit parmi nous pour cette dernière course de l'année; la situation est très étrange, on devrait être là pour fêter une fin de saison et on ne peut que penser à lui, qui faisait tant partie de notre vie.»
Aux côtés de l'ancien, Valentino Rossi, regard fixe, parle lui aussi de ces sentiments partagés. De l'étrangeté de la situation: «Bien sûr qu'on se dit que faire la course, c'est le meilleur moyen de se souvenir de Marco. Mais tous, nous nous posons des questions, nous nous sommes posé des questions. Personnellement, j'ai essayé de passer le plus de temps possible avec les parents, la soeur et la fiancée de Marco, pour les soutenir, pour rappeler que les vraies amitiés peuvent survivre à un tel drame. En Italie, ce qui s'est passé est incroyable et je me permets de dire que ce fut beau pour Marco: tous ces gens, toute cette douleur, tout ce respect, on a compris depuis le drame combien d'amour il procurait à notre peuple, grâce à ce qu'il faisait sur la piste et en dehors.»
Casey Stoner, le champion du monde, qui deviendra pour la première fois papa en février prochain, a, lui aussi, ouvert son coeur: «Deux pilotes qui se tuent en si peu de temps - le Japonais Shoya Tomizawa était mort en septembre 2010, à Misano -, c'est quelque chose que notre génération ne pouvait pas imaginer. Alors oui, je me suis posé beaucoup de questions, je me suis notamment sérieusement demandé ce que signifiait encore la course pour moi et si je vais garder au fond de mon coeur, de mon âme, les réponses que je me suis données, j'ai compris que nous tous devions avoir encore un plus grand respect pour la course. Pour nos adversaires. Chaque fois que nous prenions la piste.»
Ce devait être un week-end de fête, suivi des premiers essais des motos de 2012, «ce sera une longue semaine, dans une drôle d'ambiance», dixit encore Casey Stoner. Qui, lui aussi, va rouler pour Marco Simoncelli. Comme tous.